LETTRE À LA RÉPUBLIQUE

Kery James
  • EXERCICE: Explicitez de façon détaillée, à l'aide d'exemples précis (tirés du cours ou de vos propres recherches autour de votre film) toutes les allusions indiquées en gras.
  • + Explorez le reste de la page, si le coeur vous en dit (optionnel)
KERY JAMES, "Lettre à la République" (2013)


Lettre à la République
A tous ces racistes à la tolérance hypocrite
Qui ont bâti leur nation sur le sang
Maintenant s'érigent en donneurs de leçons
Pilleurs de richesses, tueurs d'africains
Colonisateurs, tortionnaires d'algériens (1)
Ce passé colonial c'est le vôtre
C'est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre
Maintenant vous devez assumer
L'odeur du sang vous poursuit même si vous vous parfumez
Nous les Arabes et les Noirs
On est pas là par hasard
Toute arrivée a son départ !
Vous avez souhaité l'immigration
Grace à elle vous vous êtes gavés, jusqu'à l'indigestion
Je crois que la France n'a jamais fait la charité
Les immigrés ce n'est que la main d'oeuvre bon marché (2)
Gardez pour vous votre illusion républicaine
De la douce France bafouée par l'immigration africaine (3)
Demandez aux tirailleurs sénégalais et aux harkis
Qui a profité de qui ? (4)
La République n'est innocente que dans vos songes
Et vous n'avez les mains blanches que de vos mensonges
Nous les Arabes et les Noirs
On est pas là par hasard
Toute arrivée a son départ !
Mais pensiez vous qu'avec le temps
Les Négros muteraient, finiraient par devenir Blancs ?
Mais la nature humaine a balayé vos projets
On ne s'intègre pas dans le rejet
On ne s'intègre pas dans les ghettos français, parqués
Entre immigrés, faut être sensés
Comment pointer du doigt le repli communautaire
Que vous avez initié depuis les bidonvilles de Nanterre (5)
Pyromanes et pompiers, votre mémoire est sélective
Vous n'êtes pas venus en paix, votre histoire est agressive
Ici, on est mieux que là-bas, on le sait
Parce que décoloniser pour vous c'est déstabiliser
Et plus j'observe l'histoire beh moins je me sens redevable
Je sais ce que c'est d'être Noir depuis l'époque du cartable
Bien que je ne sois pas ingrat, je n'ai pas envie de vous dire merci
Parce qu'au fond ce que j'ai, ici, je l'ai conquis
J'ai grandi à Orly dans les favelas de France
J'ai fleuri dans les maquis je suis en guerre depuis mon enfance
Narcotrafics, braquages, violence... Crimes !
Que font mes frères si ce n'est des sous comme dans Clearstream?
Qui peut leur faire la leçon ? Vous ?
Abuseurs de biens sociaux, détourneurs de fond
De vrais voyous en costard, bande d'hypocrites !
Est-ce que les Français ont les dirigeants qu'ils méritent ?
Au coeur de débats, des débats sans coeur
Toujours les mêmes qu'on pointe du doigt dans votre France des rancoeurs
En pleine crise économique, il faut un coupable
Et c'est en direction des musulmans que tous vos coups partent
Je n'ai pas peur de l'écrire : La France est islamophobe
D'ailleurs plus personne ne se cache dans la France des xénophobes (6)
Vous nous traitez comme des moins que rien sur vos chaînes publiques
Et vous attendez de nous qu'on s'écrive "Vive la République !"
Mon respect se fait violer au pays dit des Droits de l'Homme
Difficile de se sentir Français sans le syndrome de Stockholm
Parce que moi je suis Noir, musulman, banlieusard et fier de l'être
Quand tu me vois tu mets un visage sur ce que l'autre France déteste
Ce sont les mêmes hypocrites qui nous parlent de diversité
Qui expriment le racisme sous couvert de laïcité
Rêvent d'un français unique, avec une seule identité
S'acharnent à discriminer, les mêmes minorités
Face aux mêmes électeurs, les mêmes peurs sont agitées
On oppose les communautés, pour cacher la précarité
Que personne ne s'étonne si demain ça finit par péter
Comment aimer un pays, qui refuse de nous respecter (7)
Loin des artistes transparents, j'écris ce texte comme un miroir
Que la France s'y regarde si elle veut s'y voir
Elle verra s'envoler l'illusion qu'elle se fait d'elle-même
Je ne suis pas en manque d'affection
Comprends que je n'attends plus qu'elle m'aime !


*

Traduction: "lettre à la république"

A letter to the Republic
To all these racist people, with their hypocritical tolerance
Those who built their nation out of blood
Who now want to lecture us
Who pillaged our wealth and killed african people
Who colonized contries and tortured Algerian people
This colonial past is your own
You're the ones who chose to bind your history with ours
Now you have to take responsibility
We, the Arabs and the Blacks
We are not here by coincidence
For each arrival, there's a departure!
You wanted immigration
You used it to stuff yourselves sick
I don't believe France ever practiced charity
Immigrants are just cheap workers
You can keep your republican illusion
Of a France reviled by african immigrants
Ask the Senegalese Sharpshooters, or the "harkis"
Who took advantage of whom?
The Republic is innocent only in your dreams
And you have clean hands only in your lies
We, the Arabs and the Blacks,
We're not here by coincidence
For each arrival, there's a departure!
But did you think that, over time
Negroes would mutate, and become white?
But human nature just shattered your plans
The rejected ones cannot become integrated
You can't become integrated in french ghettos, 
With all the immigrants cooped up together, have some sense!
How can you denounce our clannishness
When you created it yourselves, starting with the Nanterre shantytowns?
You're firemen who start fires, you have selective memory
You didn't come in peace, your history is agressive
We're better off here than there [in our parents countries], we know
Because for you, to decolonize is to destabilize
And the more I study history, well, the less I feel indebted to you
I've known what it feels like to be black since I started school
Even though I'm not ungrateful, I will not say thank you
Because in the end, whatever I have here, I had to conquer it
I grew up in Orly, in the favelas of France
I blossomed in the jungle, I have been at war since I was a child
Drug trafficking, robberies, violence… crime.

What are my brothers doing? Money, just like [white collar money launderers] in the Clearstream [scandal].
Who's going to lecture us? You?
When you monopolize public assets, when you embezzle funds?
When you're just thugs in nice suits, you posse of hypocrits!
Do French people have the leaders they deserve?
At the heart of theses debates, there's no heart
The same people are always stigmatized in your resentful France.
There's an economic crisis, you need someone to blame,
So the muslims are taking all the blows
I'm not afraid to write it: France has a muslim phobia
No one even tries to hide it in your racist France
You treat us like dirt in your state-funded media
And you wait for us to yell "long live the Republic"!
My respect is getting raped in the so-called coutry of the Rights of Man
It's hard to feel french without developping the Stockholm syndrome
Just because I am proud to be a black muslim, and proud to come from the suburbs
When you look at me you see the face of what the other France hates
These same hypocrits who talk to us about diversity
They disguise their racism as secularity 
They dream about a unique way of being french, with a single identity
They keep discriminating the same minorities
They always stir up the same fears for the same target voters
They pit communities against each other to conceal poverty
Let no one be surprised if it all ends up blowing up
How can we love a country that refuses to respect us?
Far from being a spineless artist, I present this text as a mirror
Let France look at it, if it wants to see itself
It will see the illusions it has about itself shattered
I'm not starved for its affection
I no longer expect [France] to love me.

Vocabulaire:
S'ériger en : to pose as
Assumer qqch: to take responsibility
≠ to assume: supposer
Se gaver de qqch: to stuff os with sth
Profiter de qqn/qqch: to take advantage of so/sth
Parquer (des animaux, des humains): to pen (animals), to coop up (humans)
Un costard*= un costume: a suit
Etre en manque de qqch: to be starved for sth

*

 POUR ALLER PLUS LOIN: Réactions à la chanson "Lettre à la République"

Le Bloc identitaire mobilise contre le rappeur Kery James (Les Inrocks, 13/5/2012; Anne Royer)

“On en a assez des rappeurs qui crachent sur la France. Si Kery James n’est pas satisfait, qu’il aille vivre en terre musulmane !” s’exclame Fabrice Robert, président du Bloc identitaire. Depuis quelques jours, ce mouvement d’extrême-droite se mobilise contre la programmation des concerts de Kery James à la MC2 (Maison de la culture) de Grenoble, les 15 et 16 mai prochains.
En cause, Lettre à la République, un titre extrait du nouvel album du rappeur, 92.2012, sorti le 2 avril. Le Guadeloupéen de 34 ans revient sur le passé colonial de la France :
“A tous ces racistes à la tolérance hypocrite / Qui ont bâti leur Nation sur le sang / Maintenant s’érigent en donneurs de leçons / Pilleurs de richesses, tueurs d’Africains, / Colonisateurs, tortionnaires d’Algériens / Ce passé colonial, c’est le vôtre / C’est vous qui avez choisi de lier votre histoire à la nôtre / Maintenant vous devez assumer.”

Opération “TCF”
Dans un communiqué daté de ce jeudi, le Bloc identitaire s’insurge contre le “racisme anti-blanc” véhiculé selon lui par les paroles, et:
“Déplore qu’un tel concert soit programmé dans une salle de concert financée par la municipalité, le conseil Général et le ministère de la Culture.”
Il demande l’annulation pure et simple des concerts. Les militants – les “maquisards”, jeunes identitaires du Dauphiné, en première ligne – ont lancé une opération “TCF” (pour Téléphone, Courrier électronique, Fax). Le principe : inonder de mails et d’appels les différentes structures concernées, Maison de la culture en tête…
Cette dernière indique recevoir une quinzaine de mails par jour, et autant d’appels de militants, depuis le début de la semaine. Les Inrocks se sont procurés quelques mails, dont voici des extraits:
“Kery James est bien connu des jeunes comme étant un fervent contrevenant des valeurs de notre République. [...] Durant ce concert seront bafoués verbalement notre système, notre pays, notre justice, notre police, notre religion et j’en passe. [...] A la sortie d’une telle lobotomie anti République, dans quel état allons nous retrouver nos jeunes ??? Peut on laisser quelqu’un mentir et cracher publiquement sur notre Pays et ses valeurs ??? Arriverez-vous a vous regarder dans une glace si après le concert une vague de violence déferle ???”
“Progammer un tel spectacle est une honte pour notre pays. Qui leur a apporté l’electricité, le téléphone et la machine à laver ? Rien à rajouter, salutations.”
Une manif au programme
Pour Fabrice Robert, cette opération est “une manière de montrer que les gens en France ne supportent plus ce qui s’y passe.” Contacté par Les Inrocks, le leader du Bloc identitaire exprime son ras-le-bol :
“On en a marre de s’excuser pour des crimes qu’on n’a pas commis. Arrêtez de nous bassiner avec l’histoire de la colonisation. Je n’exclus pas d’appeler à manifester devant la salle si la préfecture ne réagit pas.”
Une option absolument inenvisageable pour le directeur de la Maison de la culture de Grenoble, Michel Orier, qui invoque la liberté d’expression, plaidant que “l’art est contestataire par nature.” Il va même plus loin, et apporte son soutien au rappeur:
“Il faut écouter les paroles, on pourrait tous les signer. Je pense qu’il a raison de dénoncer la colonisation.”
La Maison de la culture a prévu de mettre en place un dispositif spécial de sécurité les 15 et 16 mai prochains. “Nous refusons d’être pris en otage“, conclut Michel Orier.

 Un titre polémique
Quelques semaines après la sortie de l’album, la Lettre à la République fait déjà beaucoup parler d’elle sur le web. La vidéo officielle du clip a engrangé à ce jour plus de trois millions de vues. Les internautes s’évertuent à décortiquer le texte au fort potentiel polémique, qu’ils le défendent ou le critiquent.
Pour certains, Kery James appelle au “respect de la diversité des cultures, des origines, des religions” et “revendique le droit à la parole, à la consultation et au dialogue”. Quand d’autres se disent “choqués” par des paroles “très simplistes, et gratuitement violentes”.
Dans un récent article publié sur le site de Politis, le rappeur réagit à ces critiques : ”Mon texte concerne une classe politique, je ne m’adresse pas à des “Blancs.” Et de préciser encore :
“Moi je soulève simplement des débats, à chacun d’en faire ce qu’il veut. Je ne veux pas devenir le rappeur politico-social. Je veux garder ma liberté.”
*
KERY JAMES encore:  "X et Y" (2008, réalisation Matthieu Kassovitz)



 Il brûle les corps dans cette forêt
Tu te fais souvent fumer par des mecs que tu connais
Ils sortent le corps du coffre, descendent de la voiture
Un œil sur le rétro Y remet son flingue a sa ceinture
Y reproche à X de conduire à trop vive allure
X démarre, X attache sa ceinture
Il salue et remercie les gendarmes
Conscient et soulagé d'avoir évité le drame
Le gendarme numéro deux reste silencieux
Ce flic a de l'instinct, il ne lâche pas Y des yeux
Y se dit : ce sera tant pis pour eux
S'ils veulent fouiller le véhicule il fera feu
Ils rendent à X permis, carte grise, attestation d'assurance et carte d'identité,
Le central indique qu'il n'y a rien a signaler
Vois comme un simple contrôle peut dégénérer
X essuie sa sueur
Y passe un mouchoir a X, ses gouttes sur son front sont celles de la terreur
Les gendarmes retournent à leur véhicule de fonction
Vérification et identification
Permis, carte grise, attestation d'assurance et carte d'identité
La vitesse est limitée a 50, vous rouliez a 60, coupez le contact s'il vous plait
Mettez vous sur le coté
Ils actionnent le gyrophare
Petite ville perdue, nationale tard la nuit
X fait remarquer a Y qu'une voiture les suit
X est sous tension
Y est détendu
Ce n'est pas son premier cadavre,

et sous coke t'as vu, rien ne l'effraie
Tu veut goûter a la rue , t'en paies les frais
On l'a fait, et on ne peut pas revenir sur ce qu'on a fait
Même mort ils l'insultent encore
2008 on fume ceux qui ne sont pas d'accord
Et qui empêchent le bizness de fonctionner
La rue c'est speed, c'est du fractionné
Une fois que la machine a tuer est actionnée
T'as deux choix tu payes ou t'y passes
Tu te chauffes ou tu te glaces
Tu fuis ou tu t'armes et fais face
Y est ce qu'on appelle un assassin de type crapuleux qui paye pas de mine
Entre voyou et psychopathe il a franchi la limite
Il n'imagine même pas une vie après l'illicite
Quand a X, c'est un jeune qui a grandi trop vite
Entre la petite délinquance et le grand banditisme
A 25 ans il vient de tuer sont premier homme
Y s'attache à lui faire croire qu'il est devenu un homme
Périph' en direction de porte de Bercy
Un cadavre dans le coffre, 5 heures du mat' en plein Paris
Jusqu'à ce qu'ils atteignent l'autoroute ils n'échangent pas un mot
Tu peut appeler ça un silence de mort
Ils quittent le garage après l'avoir transporté tant bien que mal
Mate l'instinct animal !
Ils nettoient l'appartement du mieux qu'ils peuvent
Espérant que le temps fera disparaître les preuves
Confus entre peur et jouissance
Interrogation et sentiment de puissance
A ce moment précis il sait que sont premier cadavre ne sera pas le dernier
La cervelle de la victime éclate dans la baignoire
X défouraille, mais en détournant le regard
Pas facile de fumer un mec avec lequel tu as grandi
Mais qu'est ce qu' un ami pour un bandit
Les yeux de la victime implorent la pitié
D'un regard sincère que peu d'hommes peuvent supporter,
Peuvent surmonter et faire ce qu'ils ont a faire
Comment faire taire l'amour quand l'argent t'envoie en guerre
X tient l'arme à la main, d'une main tremblante
Y ouvre la porte, X et Y entrent
Y insiste pour que ce soit X qui le finisse
Pour obtenir de lui à jamais le silence des complices
Y dit savoir où l'enterrer
Et au point où il en sont ils n'ont plus le choix, faut le tuer
Si la victime s'en sortait ce qui est peu probable vu son état
Elle pourrait se venger ou se ranger du coté de l'Etat
A moitié inconscient la victime les entend
Discuter de son avenir comme s'il était déjà absent
Ils le bâillonnent, lui ligotent les pieds et les mains
Le transportent difficilement jusqu'à la salle de bain
X a encore des doutes: et si jamais il n'y était pour rien,
Ils auraient fumé ce mec pour rien?
Les impulsions violentes n'ont pas fini de faire des martyrs
Et ce tant que les mecs agiront avant de réfléchir
La victime s'écroule sous la violence du coup
Un penalty dans la face, la victime est a genoux
Il prend 5..4..3..2..1 coups de couteau dans le dos
C'est la violence « made in ghetto »
La victime se jette sur X le plaque au sol
Il prend une patate dans la bouche
Il y a un verre qui vole
La tension monte autant que les insultes fusent
PAYE ! PAYE !
La victime refuse de se laisser faire
Les 10 kilos se sont évaporés
Il n'étaient que trois à savoir où la coke était planquée
Il y en a donc un qui veut doubler les deux autres
Ou deux qui veulent en doubler un, va savoir
Le fait est que récemment X c'est pris la tête avec la victime
Au début ça chambrait jusqu'à ce que viennent les envies de crime
Faut pas trop plaisanter avec la rue
Elle a la rancune tenace et les paroles crues
De plus X n'a pas oublié qu'il y a 10 ans de cela
La victime lui avait rot-ca 25g de zetla
La vengeance est un plat qui se mange froid
Tellement froid que parfois on s'en gèle les doigts
La victime se méfie d'Y, le guette discrètement
Il a gardé sont blouson et ses gants
La victime s'explique
Pendant que X roule un joint
Y reste debout près du bar Américain
Parooo
Sur la table basse se trouve un couteau dans un plateau
Contenant un gâteaux découpé en parts
Préparé par sa petite amie
Une fleur synthétique une photo et du vernis
Ils refusent
Il leur propose à boire
La victime méfiante préfère les suivre dans le couloir
Il planque le calibre à sa ceinture
Le gars monte le silencieux sur le Beretta
ils sont derrière la porte, ils sonnent
La victime se lève, répond a l'interphone
Pour la dernière fois
C'est ainsi que ça c'est passé
Pour 10 kilos de C.C
Tu peux te faire effacer
Ne crois pas que la rue joue avec toi
Si tu te frottes à l'univers des youx-voi
T'a rien compris, remets ce morceau au début
Mais le début c'est la fin et ça commence par "t'es prévenu" 


*

VOCABULAIRE DE LA CHANSON:



Fumer (pp: a fumé): to smoke
                  > fumer qqn*: tuer qqn
                  > se faire fumer par qqn*: se faire tuer (to get killed) par qqn
Un coffre: a trunk
Le rétroviseur (rétro*): rear view mirror
Un pistolet: a gun
                  > un flingue*, un gun*, un calibre*
La ceinture, le ceinturon: belt
Un policier, un gendarme: police officer
                  > un flic, une fliquette*: a cop
Fouiller (pp: a fouillé) un véhicule: to search a vehicle
Faire feu sur qqn/tirer sur qqn: to shoot so
Dégénérer (pp a dégénéré): to turn ugly Essuyer (pp a essuyé): to wipe
La sueur: sweat
Une goutte: a drop
Le front: forehead
Un gyrophare: flashing light (on vehicle)
Une nationale: une grande route
Crapuleux/-euse: villainous
Qqn qui ne paye pas de mine: who doesn’t look like much
Le périphérique (le périph’*): belway around Paris
Mater* (pp a maté): regarder
Dégaîner une arme: to draw a weapon
                  > Défourailler*
S’en sortir*: to survive, to manage
Baîllonner qqn: to gag so
Un baîllon: gag
Un penalty: a penalty kick
Un coup de poing: a punch
                  > Une patate* (potato), un marron* (chestnut), une pêche* (peach), etc.
Une claque, une gifle: a slap
                  > une beigne, une torgnolle
Cacher qqch, dissimuler qqch: to hide sth
                  > Planquer* qqch
Doubler qqn:
                  >Neutre: to pass so
                  > * to cross so
Taquiner qqn: to tease so
                  > Chambrer* qqn
La rancune, le ressentiment: resentment
Escroquer qqn: to swindle
                  > Carotter*/rot-ca qqn
Le Zetla*, le shit*: hash
Guetter qqn: to observe
Un voyou, un truand, une crapule: a thug
                  > Un you-voi* (verlan)

Phrases:
Conduire à trop vive allure: to drive too fast
Il n’y a rien à signaler: nothing special to report
Coupez le contact: turn the engine off
Rien ne l’effraie: nothing scares him
Payer les frais (de qqch): to pay the price (for sth)
On ne peut pas revenir sur ce qu’on a fait: you can’t undo what you’ve done
5 heures du mat’*= 5 in the morning
Un silence de mort: a deafening silence
Du mieux qu’il/elle peut: as best he/she can
Va savoir: go figure
Se prendre la tête avec qqn*: se disputer avec qqn
Se prendre la tête* (intr): se compliquer la vie
(ex: tu te prends trop la tête!)
Une prise de tête*: une source d’ennuis
La vengeance est un plat qui se mange froid: revenge is a dish best savored cold
Faire long feu: durer (to last)
“Y a pas un voyou qui fasse long feu” (Thugs don’t live for very long”)
“Tu peux compter les jours en attendant qu’une balle te creuse” (you can count the days until a bullet digs into you)

*

RAP FRANÇAIS ET ISLAM

La France compte environ 5 millions de musulmans sur 61 millions d’habitants, et l’islam est devenu la deuxième religion du pays. Depuis quelques années, la scène rap reflète cette montée en puissance, sur fonds d’inquiétudes identitaires et de réactions épidermiques, mais aussi d’appels à la tolérance et au respect.
Ce chapitre se propose d’aborder la question de l’islam dans le rap français, à travers les œuvres et les propos de trois artistes contemporains : Kery James, Rohff, et la chanteuse Diam’s, dont la récente conversion à l’islam a créé une forte émotion en France

À CONTRE-COURANT DES CLICHÉS HABITUELS SUR L’ISLAM EN FRANCE (Justin Vaïsse, historien, co-auteur de l’ouvrage Intégrer l’islam : La France et ses Musulmans[1], s’entretient avec le journal en ligne French Morning[2])
French Morning : Une […] perception américaine fréquente est que l’intégration [en France] échoue en raison du poids des musulmans…
— Justin Vaisse : Les deux questions n’ont rien à voir. Oui, l’intégration est un problème ne France et un échec flagrant, que les émeutes de 2005 ont souligné. On a échoué à se débarrasser de ces zones de relégation sociale, ces phénomènes de ghetto, avec chômage, échec scolaire, etc. Mais la dimension religieuse ne joue pas. La police, les Renseignements Généraux l’ont souligné, l’islamisme n’est pas un facteur dans ces émeutes. La preuve, quand les organisations religieuses, comme l’UOIF (l’Union des organisations islamiques de France) ont tenté de faire stopper les violences, elles ont échoué. L’UOIF a publié un fatwa et cela n’a eu absolument aucune conséquence sur le nombre de voitures brûlées.
French Morning : Pourtant, il y a bien un mouvement de réislamisation de la part de beaucoup de Français d’origine musulmane…
— Justin Vaisse: Oui, mais ce ne sont pas les mêmes. Ceux qui brûlent les voitures sont « en dessous du radar», ils n’ont simplement pas la culture suffisante. Ceux qui au contraire se « réislamisent » sont éduqués et socialement intégrés. D’ailleurs, cette réislamisation conduit très peu à l’islamisme, à la radicalisation. L’affaire des caricatures de Mahomet n’a donné lieu à aucun incident en France. Plus que tout, le foulard islamique a montré que les musulmans de France respectaient la loi. C’est un sacrifice pour certains d’entre eux, pour qui le foulard est important, mais avant tout ils respectent la loi.
French Morning : Est-ce que cet exemple du foulard montre que le modèle français de laïcité est finalement compatible avec l’Islam ?
Justin Vaisse: Ce qui est sûr, c’est que le modèle républicain français a des avantages considérables. Il fournit un logiciel d’intégration très puissant. La revendication d’égalité, de justice sociale peut se faire à l’intérieur du système, un peu comme les Noirs aux Etats-Unis se sont appuyés sur les principes du modèle américain qui n’étaient pas appliqués. D’ailleurs on voit bien que d’autres pays, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, regardent désormais vers le système français, parce qu’il sont allés trop loin vers le multiculturalisme.
Nous pensons que la France avec la laïcité peut offrir un nouveau terrain d’expérimentation de rencontre de l’Islam avec la modernité. Cela transformera l’Islam, mais aussi évidemment la France.
[1] Intégrer l'islam. La France et ses musulmans: enjeux et réussites, co-écrit par Jonathan Laurence et Justin Vaïsse, paru aux éditions Odile Jacob en 2007, préface d'Olivier Roy, 388 pages.
[2] http://frenchmorning.com/ny/2007/02/22/linfluence-de-lislam-en-france-est-un-fantasme-americain/

Kery James, "Le Combat Continue III" (2008)



KERY JAMES, le rap d'un converti,

par Florent Maurin[1]
Ancien adepte d'une musique radicale et violente, il a trouvé la sérénité dans l'islam. Ses chansons adressent un message de tolérance.
"Je reviens de tellement loin que j'avoue, parfois j'en pleure. " Le style est direct, sans fioritures, intimiste. Aux antipodes du discours habituel des rappeurs. À l'opposé de ce que l'on avait déjà entendu de Kery James.
En 1998, Kery James sort, avec Ideal J, son groupe d'alors, un album dans le courant du "rap des ghettos". C'est Le combat continue, une ode à l'argent facile et à la rébellion contre l'État, stigmatisé comme responsable de l'asservissement des banlieues. Jusqu'au-boutiste. À l'époque, Kery James évoque déjà Dieu dans ses textes. " J'étais persuadé d'être musulman : je rendais gloire à Allah, je faisais le Ramadan. " La voix posée, le regard droit, le croyant d'aujourd'hui se rappelle l'ignorance qui a assombri sa jeunesse. Arrivé en France à 7 ans, Kery James passe toute son enfance dans une cité de la banlieue parisienne. " Un endroit où la foi islamique était omniprésente. Tous mes amis étaient musulmans, ça avait quelque chose d'attirant. " Rapidement, il se laisse entraîner par la rue. Il pratique un islam arrangé, respecte les symboles de la religion mais pas ses principes de générosité, d'altruisme et de connaissance. Son attitude provocante cristallise de plus en plus de violence autour de lui et de son collectif de rappeurs, la "Mafia africaine". Altercations avec la police, rivalités de la rue... La peur de la mort transpire alors dans chacun de ses textes.
En 1999, un de ses plus proches amis se fait abattre. Kery James décide d'arrêter le rap du jour au lendemain. Il se réfugie dans la religion. Il découvre que la foi est indissociable de la raison. Et retrouve la raison. Aujourd'hui, Kery James est apaisé. " C'est la perspective du jugement après la mort qui m'aide, maintenant, à me respecter et à respecter les autres. " Il célèbre les valeurs de la vie, qui sont pour lui celles de l'islam. Kery James s'est trouvé, il a pu revenir à la musique. Mais son rap n'a plus grand-chose à voir avec celui d'Ideal J. Les percussions et les chants africains ont remplacé les " violents breakbeats ".
Pas de prosélytisme dans ses nouveaux textes. " Bien sûr, je parle de valeurs que l'on retrouve dans le Coran : le côté néfaste de l'argent, des drogues, de la violence, de l'ignorance. Mais ce sont surtout des messages universels. Mon album peut être compris par chacun, quelle que soit sa foi. " Les médias lui donnent l'étiquette de "rappeur repenti grâce à l'islam". Kery James en est conscient, il assume. " Je préfère que ce soit moi qui tienne ce rôle plutôt que quelqu'un d'autre. Dans les cités, de nombreux jeunes musulmans sont tentés par l'intolérance ou l'extrémisme. Si je peux les éclairer, c'est tant mieux. " Le livret de son disque lui sert de tribune pour un islam modéré, plus fidèle au message du Coran. Conscient que sa religion lui a évité de choisir entre " la mort ou la prison ", heureux d'avoir pris le chemin de la vie et de la prière, Kery James chante : " Ne sois pas étonné si au rap conscient je donne naissance ».

[1] http://www.esj-lille.fr/atelier/magan2/teo/heriter/rappeur.html

POLÉMIQUE AUTOUR DES VALEURS DE L’ISLAM AU SEIN DU RAP FRANÇAIS
(LE « CLASH » JEAN GAB’1 vs MAFIA K’1 FRI)

MC Jean Gab'1, "J't'emmerde" (extrait)
MC Jean Gab'1 (de son vrai nom Charles M'Bouss), né en 1967, est un acteur et ancien rappeur français d'origine camerounaise, connu pour sa chanson J't'emmerde (fuck you) dans laquelle il attaquait plusieurs rappeurs et groupes de rap français célèbres. En 2003, J’t’emmerde connaît un vif succès du fait de la polémique qu'elle engendre. MC Jean Gab'1 met beaucoup de stars du hip hop français dans le même panier.
Son pseudonyme s’inspire du nom de Jean Gabin (1904-1976), icône du cinéma français à qui il s’identifie principalement par son utilisation de l’argot et une prononciation populaire, voire parisienne, du français.



Suite à cette chanson, 5 ans plus tard (le 21 juillet 2007) une bagarre éclate entre MC Jean Gab1 et sept personnes dont les rappeurs Kery James et Rohff. MC Jean Gab1 réalise immédiatement une vidéo pour dénoncer le « guet-apens » (ambush). Kery James et Rohff donneront chacun leur version des faits dans une vidéo.

MC Jean Gab'1 dément les rumeurs, 24 heures après la bagarre




Réponse de Kery James: Pourquoi on en est arrivé là…


Réponse de Rohff



ROHFF (de son vrai nom Housni Mkouboi) est un rappeur français d'origine comorienne né à Madagascar en 1977. Son nom est l’acronyme de « Rimeur Original Honorant le Fond de la Forme ». Il est membre de la Mafia K'1 Fry[1], un collectif de rappeurs du Val-de-Marne composé entre autres de Kery James.

Affaires judiciaires
En 2005, Rohff a été condamné à 4 ans d'emprisonnement, dont trois avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans, pour avoir tiré avec une arme à feu sur deux personnes à la sortie d'une boîte de nuit à Ivry-sur-Seine en 2002. Il n'a cependant pas été incarcéré.. Le 21 juillet 2007 il participe avec Kery James et quelques amis à une rixe avec MC Jean Gab'1, suite à son titre J't'emmerde où ce dernier attaquait plusieurs rappeurs français. Dans la nuit du 23 juillet 2007, Rohff a été interpellé par la police pour port d'arme, un 357 Magnum, dans un fast-food Quick de Villejuif où il avait menacé son petit frère avec cette arme. Il a été condamné le 26 juillet 2007 à 5 mois de prison ferme par le parquet de Créteil pour « détention d'arme » ; il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes.
En décembre 2008, Rohff sort son cinquième album solo "Le Code De L'Horreur", l'un des albums de rap français à avoir réalisé le plus de ventes. En juin 2009 il sort son septième clip : "Repris de Justesse" tourné à New York par Johnatan Mannion pour la BO du film "Notorious" sur le défunt rappeur américain. Le clip dresse le parallèle entre la vie de Notorious BIG et celle de Rohff. Rohff se revendique comme « musulman depuis l’enfance »
[1] La Mafia K'1 Fry [A-fri-ca] est un collectif de rappeurs français issus du Val-de-Marne (Orly-Choisy-Vitry).

La conversion de Diam's



DIAM'S, PARIS MATCH, VOILE
Scoop, choc, paparazzi, dépêches, cris d’orfraie, déception, déroute des fans, confusion. Tout ou presque avait été dit sur le port du voile de la rappeuse à succès originaire de l’Essonne (9-1),
Diam’s, 29 ans, dont l’album “Dans ma bulle” avait fait un véritable carton, dépassant le million de disques vendus, après le succès fulgurant de son précédent opus, “Brut de femme”. Elle entrait dans le monde restreint des artistes rap ayant atteint le million d’albums écoulés, avec Doc Gynéco ou encore MC Solaar.
Mélanie Georgiades de son vrai nom, devenait ainsi, une icône de la banlieue. Contrairement aux affirmations du magazine Paris Match qui publiait [en novembre 2009] des photos de la rappeuse, Diam’s ne porte pas le voile depuis peu, mais bien évidemment depuis le début d’année. Lors des clichés de la star pris à la sortie de la mosquée de Gennevilliers, toute la presse avait cru que c’ était la première fois qu’elle sortait, arborant le voile. Le reportage de quatre pages du magazine avait été un véritable “poids des mots et choc des photos” selon son ancien slogan, pour certains, estimant même que s’en était fini de sa carrière. D’autres se réjouissaient de ce qu’ils nommaient “la dérive de Mélanie”, estimant que son “choix suicidaire” n’était pas réfléchi et qu’elle était victime d’un endoctrinement conséquent. Jamais conversion n’a fait couler autant d’encre et de salive.
Jamais conversion n’a atteint tous les foyers de France et de Navarre, fait certainement dû à la notoriété de la petite Mélanie. Pour elle, retrouver une hygiène de vie et un équilibre était la condition sinequanon pour s’en sortir. Elle ne fume plus, ne boit plus, ne fait plus la fête, ne fait plus la bise aux garçons et, sacrilège, ne va pas donner d’interviews pour la sortie de son nouvel album, “SOS” dont la sortie est prévue au mois de novembre.
Pourtant, plusieurs stars françaises, pas seulement du rap, se sont déjà converties avant elle. En ce qui concerne le rap ou le slam, on peut nommer les plus illustres, Philippe Frangione aka Akhenaton, du groupe marseillais IAM, et Régis Fayette Mikano alias Abdel Malik. Dans le sport, il serait même très difficile d’égrener le chapelet. Chez les Bleus du football, de Nicolas Anelka à Franck Ribery en passant par Eric Abidal ou Thierry Henry (à confirmer), les entraineurs Bruno Metsu ou encore Philippe Troussier, les changements de religions sont légions. Dans d’autres sports aussi, notamment en basket où le coup d’envoi fut donné par Olivier Saint-Jean désormais connu sous le nom de Tariq Abdul-Wahad.
Au moment du débat sur le port du voile, les détracteurs de l’Islam exploitent le cas de la rappeuse en arguant que, si une fille qui est aussi célèbre, intelligente et reconnue, pouvant avoir une réelle influence sur les jeunes se convertie, la France entre de plain-pied dans une dhimmitude galopante et inéluctable. Ce serait prendre les jeunes pour des dégénérés. Oui, l’Islam fait une percée mais, à qui la faute ? N’est-ce pas à cause de la désertion des Eglises ? Face à toutes ces allégations, la jeune star s’inscrivait en faux, déclarant que le succès l’avait dépassée et que la richesse et ses ventes astronomiques d’albums ne résoudraient rien, face à sa souffrance. Laminée dit-elle par les hommes, sa blessure avait été résolue par la religion. Donc, c’est de là que vient sa conversion. Jeune épouse dit-on, elle aurait convolée avec le dénommé Aziz - grand gaillard présenté à elle par son ami la chanteuse Vita’a avec qui -, elle fréquenterait assidûment, la Mosquée de Gennevilliers dans le (9-2), symbole dit-on d’un Islam libre, sans contrainte et tolérant. Or, selon ses proches, avant même la cérémonie de mariage avec Aziz, estimée au mois d’avril dernier, elle s’était déjà convertie et arborait son voile en toute simplicité sans avoir peur des paparazzi. Si on remonte d’ailleurs au mois de mars dernier, elle s’était affichée portant son hijab (voile). Peut-être qu’à ce moment-là, certains avaient cru que c’était une tenue de scène. Paris, mois de mars. Nous sommes donc à l’Institut du monde arabe lors d’un colloque organisé par elle, et dont le thème était “La place des femmes” . L’artiste, accompagnée du rappeur Medine, chante “L’ombre du mal”, violent réquisitoire s’il en est, contre l’association Ni Pute Ni Soumise. Est-il normal d’en vouloir ou de s’en prendre à une personne qui s’épanouit dans sa religion ?
Alain Jules
http://allainjules.wordpress.com/2009/10/14/diams-voilee-sur-scene-avant-les-photos-de-paris-match/

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Les Féministes et le garçon arabe
(un livre d’Eric Macé & de Nacira Guénif-Souilamas, aux Éditions de l’Aube (2004)

Dans la première partie du bouquin, Eric Macé s’interroge sur ce féminisme « laïque » et « républicain » défendu dans les mass media par nombre d’intellectuels femmes et hommes. Loin des luttes féministes des années d’émancipation qui cherchaient à se débarrasser de cette idée de femme « naturelle » (qui torche les gosses et lave le linge), le féminisme « républicain » reproduit une nouvelle image standard d’une femme qui serait : « égale mais différente ». Comprendre : rouge à lèvre, minijupe, objet de désir qui a « naturellement » l’amour des enfants inscrit dans les gènes et qui en plus travaille. La revue « Elle » définit cette nouvelle norme : moderne, consumériste, maquillée, qui assume une « féminité » que les hommes s‘empresseront de définir à loisir. C’est cette revue dirigée par des hommes qui lança à l’époque de « l’affaire du voile » une pétition « féministe » pour défendre la laïcité. « Elle » symbole de la lutte féministe ?
Quid de l’égalité femme/homme en France républicaine ? Toutes les enquêtes sérieuses le prouvent, la société française n’est ni égalitaire et encore moins conciliante envers les femmes : victimes de harcèlements sexuels et de violences quotidiennes, sous payées, souvent méprisées, les femmes continuent à subir tandis que d’autres meurent régulièrement sous les coups – d’hommes, faut-il le préciser ? Quid de ce féminisme républicain ? Réactionnaire ?
Nacira Guénif introduit alors la figure du « garçon arabe », personnage mythique qui peuple l’imaginaire du « français ». Pour les tenants du féminisme républicain, ce garçon arabe constituerait la menace n°1, le danger de la république. D’où l’interdiction du voile sensée protéger les filles contre le tyran musulman, ennemi de la culture occidentale. Nacira Guénif dévoile par une féroce dialectique le racisme latent caché sous le vocable du « garçon arabe ». Un racisme contre une population hétéroclite aux milles identités et milles visages dont le défaut est de venir d’un ailleurs. Un ailleurs où la pratique de la religion s’exerce en d’autres termes ; un ailleurs avec d’autres traditions par forcément favorables aux femmes mais pas forcément pire qu’ici. Un ailleurs que beaucoup préfèrent abandonner pour venir s’installer en France pour y trouver confort et sécurité. Un ailleurs où continuent de régner des régimes politiques dictatoriaux et patriarcaux extrêmement rigides et durs pour les femmes et les hommes et que la France ne s’est jamais empêchée de soutenir. Rappelant en cela sa politique colonialiste (le viol de femmes algériennes était utilisé comme arme stratégique par certains contingents militaires français en Algérie). Mais plutôt que de gratter là où ça fait mal, de chercher à identifier la violence quotidienne d’une société française profondément machiste, il est plus vendeur de défendre une culture occidentale évoluée contre un archaïsme islamiste moyen-âgeux. Contre cette propagande où comme toujours c’est la pauvre fille et le pauvre gars qui ont rien demandé qui se retrouvent sous les coups et les bombes, il est urgent de cerner les véritables enjeux. Enjeux cachés sous une profusion de discours de défiance et de haine qui font se dresser les unes contre les autres des multitudes qui vivent pourtant bien ensemble, pour le meilleur et pour le pire, comme elles peuvent. Le livre de Macé et Souilamas permet d’avancer en ce sens, il déblaye devant la porte.
La Mite. ( http://labrique.lille.free.fr/spip.php?article10 )

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Les stéréotypes font recette: 
"Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu?" (Philippe de Chauveron, 2014)

Le long-métrage, traitant du racisme et du mariage mixte, raconte l'histoire d'un couple de bourgeois catholiques, incarné par Christian Clavier et Chantal Lauby, voient leurs convictions mises à mal lorsque trois de leurs quatre filles se marient l'une après l'autre avec des hommes d'origines et de confessions diverses et que la quatrième, en qui ses parents fondent leurs espoirs, tombe amoureuse d'un catholique d'origine ivoirienne.