La Marseillaise (Lino)

Lino

Exercice:
  • Ecoutez attentivement la chanson "La Marseillaise" (Lino, 2012), en suivant les paroles dans le texte ci-dessous.
  • Attention: ce texte est magnifique, mais extrêmement dense. Il présente aussi un résumé saisissant de toutes les choses que nous avons vues en cours. Comment?
    • Chaque couplet donne la parole à une génération différente, qui s'exprime à la première personne (JE). 
      • Les tirailleurs sénégalais (années 40-44)
      • Les immigrés des années 50/60
      • leurs enfants et petits enfants, dans les années 2000
    • Chaque voix correspond aussi à une période représentée par chacun des films des présentations
      • 1) Indigènes
      • 2) La Bataille d'Alger
      • 3) La Haine
  • Exercice: repérer toutes les allusions à des faits/évènements 
    • vus en cours
    • ou représentés dans le film de votre groupe
  • Optionnel: lire l'excellent article de Karim Hammou: "Appelle Moi La Marseillaise" sur le blog Sur Un Son Rap




Intro (Abdelkader, dans Indigènes)

Quand je me suis engagé, j'ai écouté ce qu'a dit le général de Gaulle
Il a dit que la France combattait pour la liberté dans le monde
J'ai pensé qu'à la guerre, on gagnerait les mêmes droits que nos frères d'armes Français
On se bat tous ensemble, pour la liberté, l'égalité, et la fraternité !
Et bien il serait temps qu'ils nous en donnent un peu maintenant, de cette liberté, de cette égalité et surtout de cette fraternité !
On est en train de changer le destin de la France
Il est temps que les choses elles changent pour nous ici


Fin des années trente, la liberté condamnée, à cran la guerre s'étend
Le territoire Français tremble, du sang coule sur l'histoire quand certains voulaient qu'elle se livre,
De Gaulle recrute en Afrique pour les Forces Françaises Libres
Beaucoup se sont fait enrôler de force, comme beaucoup étaient volontaires
On est partis, on nous disait que c'était pour la mère patrie
On y croyait dur, parce qu'on aimait cette grande dame
Notre armée s'en va la libérer tête baissée dans le drame
Dernier espoir d'un Empire, quand une partie collabore
L'autre se bat, paye de son sang, et ça à la vie à la mort
Faut sécuriser les frontières et se dresser face au mal
J'étais au 33ème régiment d'Infanterie coloniale
J'ai vu mourir des frères d'armes tombés sous les balles nazies
Le sang de leurs troupes, la peur dans leur yeux à la vue de nos coupe-coupes
Une seule route vers la victoire et je l'ai choisie
Je veux mourir pour la France et repousser l'ennemi coûte que coûte
En première ligne: les tirailleurs, on a défendu villes et villages
Combattu l'adversaire et le froid, et le diable j'ai vu son visage
De défaite en succès avec le courage on n'a fait qu'un
Dieu que l'Afrique a saigné avant l'arrivée des Ricains!
Sacrifice ultime, peut-être que plus tard on en fera un livre
Le 24 août 1944 Paris est enfin libre
J'oublie pas le massacre de Thiaroye, nos pensions gelées
Mes frères tués par l'armée française je les entends encore gueuler
Malgré ça j'ai de l'amour pour elle, le coeur criblé
La fierté d'avoir participé, d'avoir contribué à sa libération
De la haïr j'ai même essayé, mais je me sens français
J'ai toujours aimé chanter la Marseillaise.

1945. Fallait reconstruire, remonter la pente
La France a besoin de main d'oeuvre, début des années soixante
J'arrive du bled avec de l'espoir plein les sacs
Et là commence la chronique: on est ce qu'on appelle l'immigration économique
Il y a du taf pour les braves, l'industrie, le bâtiment, les travaux publics,
On vit entassés dans des bidonvilles, des foyers, des cités de transit,
On n'est pas là pour s'apitoyer sur notre sort, la chance ça se provoque, on l'apprend vite
Je pense à ceux restés au pays, je serai pas riche en milliards,
Mais je pense au pays en attendant le regroupement familial,
Je m'habitue doucement, petit et discret dans le respect des lois,
La prière réchauffe mon âme, c'est ce qui reste quand on s'éloigne,
Les rêves c'est tout ce qu'on a, Liberté, Démocratie,
Arrive la récession, le chômage, et la montée du racisme,
Répression policière, immigration bouc-émissaire, la pression,
On veut le crier mais qui écoute la misère?
Ils cherchaient l'égalité, il n'y en avait pas sur le terrain
Fraternité dort dans la Seine depuis Octobre 61
J'étais humble, travailleur, il en fallait plus pour que je m'emporte,
Mais le feu s'allume, plus tard ils diront "Touche pas à mon pote"
Pour mon salut je prie, souffrir en silence je sais le faire,
Au bled ils disent que j'ai réussi, je suis la fierté de mes frères,
Les Cités de Transit deviennent des "chez nous", vu le train de vie,
On a parqué la misère du monde pour que le ciment prenne vie,
Tout va bien si j'ai un toit, si je mange, c'est la grâce du ciel,
Avoir les papiers c'est le casse du siècle,
Naturalisé je m'intègre, de la haïr j'ai essayé,
Même si je me sens français
J'ai jamais aimé chanter la Marseillaise.

… il serait temps qu'ils nous en donnent un peu maintenant, de cette liberté, de cette égalité…

C'est les années 2000, il y a la cité à cramer,
Des jeunes on canné, il y a des flics partout mais qui il faut blâmer?
Du haut de ma tour je regarde, je suis à l'étroit dans ma cage, je descends,
Je constate que la détresse dépeint des tableaux macabres,
Pendant qu'ils jactent après l'incendie moi je traîne ma haine
Dis à ces putes qu'il faut agir avant que le feu prenne
On ne peut stopper l'hémorragie quand on perd notre sang froid, que le ghetto s'agite
Faut que je trouve du taf on me l'a dit cent fois
Mais il y a que de la merde pour les bronzés, même avec le bac
J'ai un gonze qui a plongé, on lui a dit que le bonheur se braque
Faut que je prenne de l'oseille, même si le placard c'est ça le prix
La France est trop vieille, j'arracherai les richesses qu'elle nous a pris,
Insoumis, c'est pas ma patrie, dans mes sons je la baise
Moi je veux m'évader de la Matrice, seul le shit m'apaise
Quand le fric m'appelle c'est chaud, je fais sauter le thermostat
On fait les choses péter, on siffle une nationale au stade
Une raison pour que tout brûle, on a le choix quand on la cherche
Surtout quand Sarko fait rimer cité et karcher
Exciter l'opinion avec des reportages racistes
Et ils s'étonnent que certains jeunes se rapproches de leurs racines
On parle d'intégration à des gens nés ici, qui ont grandi ici
Dis leur qu'on n'est pas tous dans l'illicite chez nous
Dans leurs discours c'est sur la peur qu'on a misé
Ils appellent un meurtre une bavure, des émeutiers une bande organisée
Nation traumatisée vote extrême, l'histoire l'a prouvé
Génération qui saigne un rien peut la soulever
De la haïr j'ai pas fait qu'essayer
Je suis français mais de ma vie je chanterai jamais la Marseillaise.